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Musée d'Art Moderne

Fêtes de Saint Vincent 2012


 

 

 

PATRICK O'BRIAN A COLLIOURE

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O'brianLe célèbre romancier aura écrit pratiquement tous ses livres à Collioure, où il débarque en 1949. Il arrive d'abord seul, "en repérage". Sa femme le rejoindra quelques mois plus tard. Nous ne savons pas à ce jour avec certitude comment il a pu faire de notre village sa destination ; il aurait été attiré par l'aura artistique de la "Cité des Peintres". Quoiqu'il en soit, il fera ce choix, comme l'avaient fait les maîtres du Fauvisme que furent Henri Matisse et André Derain (pour un séjour temporaire mais fructueux en 1905), comme le grand poète et humaniste espagnol Antonio Machado (pour un séjour bref mais définitif en 1939), comme, plus près de nous, d’autres peintres comme Willy Mucha ou Brian Day Parsons… comme tant d'autres, artistes et hommes de lettres qui, à un moment de leur vie, ont choisi, sans qu'on ne sache trop pourquoi, Collioure comme point de chute.
Dans un premier temps, ils s'installent dans un petit appartement au coin de la rue Arago (au-dessus de l'ancien restaurant "Le Puits").
Les débuts sont plutôt difficiles ; les livres de Patrick ne se vendent guère. Il bénéficie de l'amicale compréhension de quelques voisins et commerçants locaux (qu'il n'oubliera d'ailleurs pas de rembourser plus tard, quand la situation se sera améliorée) : “Nos voisins étaient merveilleusement délicats. Nous recevions souvent des sardines fraîches des pêcheurs et des barriques de vin du rez-de-chaussée. Mais il y a eu des jours où nous nous demandions si nous allions pouvoir continuer longtemps.”
Tout en écrivant sa nouvelle "Testimonies", il entreprend alors de nombreux travaux de traduction ("Papillon" d'Henri Charrière, plusieurs ouvrages de Simone de Beauvoir, André Maurois…), travaux auxquels sa femme Mary contribue largement. Elle lui fournit aussi une aide précieuse en classant méticuleusement toutes ses notes éparses à partir desquelles il construit ses livres, et en tapant à la machine ses manuscrits...
“Nous n'avions plus un sou lorsqu'un éditeur me fit parvenir les droits de traductions d'un de mes premiers livres”. Avec cet argent, le couple s'offre une 2CV avec laquelle ils vont sillonner le Roussillon et la Catalogne espagnole (Patrick conduira cette 2CV pratiquement jusqu'à sa mort…).
En 1955, ils achètent une petite vigne, au lieu-dit "Correc d'en Baus". Dans un premier temps, Patrick vient seulement travailler dans le petit "casot" (quelques contrariétés en constatant des fuites d'eau juste dessus sa machine à écrire…)
Progressivement, ils aménagent une pièce au-dessus du casot semi enterré, entièrement de leurs mains. Ils habitent un temps dans ce petit logement au confort plutôt sommaire.
Plus tard, en 1968, ils peuvent acheter une autre petite vigne adjacente et font procéder à des extensions du bâtiment existant pour parvenir à ce qui sera leur maison, telle qu'on la connaît aujourd'hui, l'ancien "casot amélioré", devenu "séjour", restant le cœur de l'habitation (la seule habitation dans le secteur à cette époque).
Les livres et documents d'archives remplissent les étagères ; Patrick O'Brian accorde un soin particulier à son jardin qu'il fait entretenir méticuleusement ; de ses voyages, il rapporte des espèces rares qu'il s'évertue à faire pousser ici. Ils ont une chienne, Pedig, qu'ils adorent ; Patrick la tond lui-même, et Mary confectionne même un coussin et un pull-over avec les poils recueillis.
Ils vivent quelques années paisibles dans ce petit havre de paix, proche du centre du village et en même temps un peu à l'écart des habitations. Ils voient bientôt avec quelque contrariété l'urbanisation parvenir aux abords de leur secteur (notamment le lotissement du Val St Elme).

Cela les décide à acquérir une nouvelle vigne, un peu plus à l'extérieur, proche du hameau du Rimbau, au lieu-dit "Le Manay", qui possède un joli casot. C'est ici que Patrick ira dorénavant travailler. De là, au calme, il peut admirer à sa guise toute la baie d'Argelés jusqu'à Canet… tout en se laissant bercer par la musique des sonnailles des vaches de La Massane…
Les O'Brian mènent une vie tranquille à Collioure ; Mary est très proche des gens du village, surtout les personnes âgées (tant que sa santé le lui permet, elle ne manque pratiquement pas un enterrement). Patrick lui aime parler avec les vieux pêcheurs, il est avide de détails. Même si les choses de la mer sont son principal intérêt, sa curiosité est plus large, pour tout ce qui touche à la vigne et au vin, par exemple.
Il veut tout savoir sur le travail à la vigne, sur la vinification… Au début de leur séjour à Collioure, les O'Brian aident leurs voisins pour les vendanges ; bientôt Patrick sera très fier de produire son vin dans sa propre vigne : La vigne proprement dite est petite et subvient aux besoins des amis et de la maison. Elle donne un rouge plantureux fait de grenache noir, gris et blanc, d'un bon peu de carignan et d'un soupçon de muscat. Excellent comme vin nouveau, quelconque pendant quatre ou cinq ans, il se bonifie ensuite régulièrement.
Toutefois le couple ne se lie vraiment qu'à peu de personnes, quelques commerçants (notamment Alice, la bouchère, Mimi Atxer, l'épicière, Mme Alday, la boulangère…), le peintre Willy Mucha, René Pous, le patron du Restaurant "Les Templiers" où ils vont parfois dîner les rares fois où ils reçoivent des visites… et surtout deux jeunes colliourenques, Hélène Camps et Odette Boutet.
L'une comme l'autre accompagnent souvent le couple dans des randonnées et promenades dans les campagnes alentour, dans le département jusqu'en Andorre (quand la route n'est encore pas goudronnée…), pratiquant le camping sauvage à l'occasion (une nuit, ils sont réveillés par leur chien et en sortant de la tente tombent sur une laie suivie de ses marcassins)
Patrick O'Brian est passionné de botanique et d'entomologie; il pratique aussi la pêche, mais selon des principes très stricts (pas question de pêcher plus d'une truite par personne !)
Mary donne bénévolement des leçons d'anglais aux enfants du village ; les O'Brian font aussi don d'une grande encyclopédie à la bibliothèque du village.
Patrick travaille beaucoup. Il commence très tôt jusqu'à midi. “Après le déjeuner, je me détends jusqu'à cinq heures, heure à laquelle je laisse flotter mon puissant esprit sur le thé. Après quoi, retour au bureau. Le soir, sauf si nous recevons ou si nous dînons à l'extérieur, nous écoutons de la musique ou nous lisons. Tout ce qui risque de modifier ce schéma est fort mal venu. J'écris comme un bon chrétien, avec une plume et de l'encre. Je corrige mon manuscrit à la fin de la semaine. Je le tape à la machine. Je corrige l'épreuve. Et dès qu'un chapitre est fini, je le soumets à la lecture de ma femme dont les commentaires ont pour moi beaucoup d'importance. Long processus mais qui permet avec un peu de persévérance, de couvrir d'importantes quantités de papier… ”

En été, Charles, le fils de Patrick, vient séjourner chez eux. Il s'entend très bien avec Mary, mais les relations sont plus difficiles avec son père. Ces visites cesseront en 1963, quand Charles se fiancera avec Mimi : le moins que l'on puisse dire, c'est que le courant ne passe pas entre la fiancée et son futur beau-père. La rupture entre Charles et son père est totale ; il décide de reprendre son premier nom de Russ (c'est d'ailleurs à 10 ans, par son directeur d'école, qu'il avait appris son changement de nom en O'Brian…).

Nikolaï et Natacha Tolstoï, les enfants de Mary, viennent régulièrement leur rendre visite (Nikolaï deviendra lui aussi écrivain).

Certains ont pu parfois se vexer, croisant Patrick O'Brian dans la rue, que celui-ci ne daigne pas les saluer, semblant les ignorer. Mais celles et ceux qui le connaissent bien n'en tirent pas ombrage ; la même chose arrive à sa femme Mary !... En fait, il ne s'agit là d'aucune forme de mépris. C'est seulement qu'il est parfois tellement absorbé dans ses pensées qu'il en est comme coupé du monde ; presque une forme d'autisme : “J'ai beaucoup vécu hors du monde”, dira-t-il lui-même.
Pour en savoir plus sur Patrick O’Brian :

www.patrickobrian.com
www.wwnorton.com/pob

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