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Source: www.cg66.fr

 

 

 

ANTONIO MACHADO A COLLIOURE

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Cette fin d’après-midi du 29 janvier 1939, Antonio Machado, alors âgé de 64 ans, descend du train bondé en provenance de Port-Bou aux bras de sa mère Ana Ruiz (qui en a 88), accompagné de son frère José, de sa belle sœur Matea et de l’écrivain Corpus Barga.
Tout le monde est fatigué. Antonio, miné par une grave affection des bronches, exténué. C’est que leur exil a été long, depuis ce 24 novembre 1936, où le gouvernement républicain avait fait procéder à l’évacuation des intellectuels de Madrid, organisée par le Vème Régiment.

A contrecoeur, Antonio Machado avait quitté la capitale avec sa famille, pour s’installer à la Villa Amparo, au village de Rocafort, proche de Valencia.
En mars 1938, l’avancée des nationalistes les chasse vers Barcelone, accueillis à l’Hôtel Majestic, puis à la Torre Castañer. Il faudra fuir encore : le 22 janvier 1939, toujours avec sa famille et d’autres intellectuels, il se dirige vers Girona et la frontière : trois jours “Can Santamaria”, à Raset, près de Cervià de Ter, puis au Mas Faixat près de Viladasens où il passera sa dernière nuit sur le territoire espagnol.

Le voyage devient exode : Barcelone était tombée la veille, le 26 janvier, Machado et les siens se retrouvent parmi un flot énorme de réfugiés sur les routes (jusqu’au 10 février, plus de 450 000 personnes passeront la frontière) : “Le poète, presque invalide, marchait au sein du corps douloureux de son peuple soutenu par sa mère… ”(Waldo Franck).
Avant la frontière, une ambulance a remplacé la voiture défaillante. Puis c’est à pied, sous la pluie, qu’ils auront du faire les derniers kilomètres, avant d’être “aimablement” conduits en fourgon cellulaire par les autorités françaises jusqu’à la gare. Une nuit passée dans un wagon sur une voie de garage, et le train les mènera jusqu’à Collioure. “Légers de tout bagage”, puisqu’ils auront du tout abandonner, malles, valises, objets personnels et souvenirs, dans les fossés au bord de la route.
Ils trouvent refuge à la petite pension tenue par Pauline Bougnol-Quintana que leur avait indiquée Jacques Baills, le chef de gare. Sur le trajet, Juliette Figuères, qui tenait là un magasin de bonneterie, leur permettra de reprendre un peu de forces avec du café au lait et du pain. Mais Antonio n’en peut plus. Son frère José et Corpus Barga devront aller chez le garagiste du village chercher une voiture qui les conduira jusqu’à l’hôtel qui n’était pourtant qu’à quelques centaines de mètres. Même s’il fallait faire un petit détour en raison des pluies qui avaient rendu la traversée du lit du torrent impossible.

Jacques Baills, Juliette Figuères et Pauline Quintana seront les nouveaux amis colliourencqs d’Antonio Machado qui lui apporteront un peu de réconfort et, totalement démunis comme ils avaient pu s’en rendre compte, un peu d’aide matérielle aussi (de la nourriture, du linge, des timbres pour qu’il puisse envoyer son courrier, quelques livres en espagnol, des journaux et revues françaises…)
Antonio Machado sortira très peu dans Collioure. Il ne se rendra qu’une seule fois au bord de la mer.
Bientôt, son état de santé se dégrade encore, inexorablement.

Le 22 février, mercredi des Cendres, à trois heures et demie de l’après-midi, Antonio Machado s’éteint. Dans la même chambre agonisait aussi sa mère qui ne se serait même pas rendu compte que son fils était mort (elle décèdera trois jours plus tard, le 25 février).

La nouvelle de sa mort s’est très vite répandue. Ses nouveaux amis de Collioure seront les premiers à son chevet. L’artiste Henri Frère, professeur d’Espagnol, fait des croquis du poète sur son lit de mort. Jacques Baills déclarera son décès à la Mairie et alertera l’Ambassade d’Espagne et quelques personnalités de ses amis. La presse s’en fait l’écho.

L’enterrement, civil comme il l’avait demandé à son frère, aura lieu le jeudi 23 février à quatre heures de l’après-midi. Beaucoup de monde, de Collioure et d’ailleurs, beaucoup d’intellectuels espagnols ou français, y assistèrent. Mais ceux que l’on remarquera particulièrement, étaient cette douzaine de soldats de la 2ème Brigade de Cavalerie de l’armée espagnole, qu’on avait autorisés, pour l’occasion, à sortir du château où ils étaient “hébergés”. Ce sont eux, dans leurs uniformes quelque peu dépareillés et fripés, qui porteront le cercueil recouvert du drapeau républicain et précédé de trois couronnes de fleurs dans les rues de la ville.
Au cimetière, le corps sera déposé dans une niche prêtée par Madame Py-Deboher, une amie de Pauline Quintana.

Le Maire de Collioure, Marceau Banyuls, prononcera une émouvante oraison funèbre.

Antonio Machado n’aura pas écrit à Collioure, sinon ces quelques mots griffonnés sur un bout de papier froissé retrouvé dans la poche de son pardessus : “… estos dias azules, y el sol de la infancia”. Un seul vers, tout un poème, le dernier.

En 1958, le temps que se referment un peu (pas complètement bien sûr…) les blessures de la Guerre civile espagnole et de la Deuxième Guerre Mondiale, les corps d’Antonio Machado et de sa mère, Ana Ruiz, seront réinhumés dans l’actuel caveau, construit selon les plans de Cyprien Lloansi grâce à une souscription publique lancée par l’Association des amis de Machado (créée après guerre) et présidée par Pablo Casals. Parmi les donateurs, de grandes personnalités du monde littéraire ou politique – André Malraux, René Char, l’ex-président de la République de Colombie Edouardo Santos,des représentants du PSOE et de l’UGT… - et de nombreux anonymes. La Mairie de Collioure avait cédé gratuitement le terrain.

En 1977, sera créée la Fondation Antonio Machado de Collioure.


Juliette Figuères et Jacques Bails devant la nouvelle sépulture

Réunion constitutive de la Fondation Antonio Machado : Manolo Valiente, le Docteur Henri Billard, Monique Alonso et Antonio Gardo


Une question demeure : pourquoi Collioure ?
Certes, on ne choisit guère la destination de son exil. Mais Antonio Machado avait reçu d’autres propositions d’accueil : de Moscou, notamment, où on l’attendait comme un hôte d’honneur, ou de Cambridge, où on lui proposait un poste de professeur à l’Université… C’est cependant vers Collioure, “en marchant”, qu’il “fera son chemin”. Son dernier bout de chemin…
Peut-être parce que le Poète entretenait des liens étroits avec la France : “Machado es, a todas luces, un escritor español. Pero, por muy español que sea, se puede decir que sin Francia, sin ese lazo íntimo o espiritual que lo liga a Francia, Antonio Machado no hubiera sido el mismo”. (Bernard Sesé, 1er lauréat du Prix International de Littérature Antonio Machado, dans son essai Antonio Machado 1875-1939. El Hombre. El Poeta. El Pensador.)
C’est donc Collioure, ce bout de France resté en même temps “terre catalane”, qui sera sa dernière étape, où il repose dans ce décor du petit cimetière, avec ce “mur blanc” et ce “cyprès dressé” dont il semble avoir eu la prémonition :

Mi corazón está donde ha nacido
No a la vida, al amor, cerca del Duero
¡ El muro blanco y el ciprés erguido !

Le «symbole machadien »

Leur compagnon Rafael Alberti les avait nommés “poètes du sacrifice” :

  1. Federico Garcia Lorca, tombé sous les balles phalangistes dans un ravin de Viznar,
  2. Miguel Hernàndez, qui succombera à la maladie à l'infirmerie de la prison d'Alicante et
  3. Antonio Machado qui, brisé par la fatigue et la maladie, s'éteindra en exil à Collioure…

Ils ont été les plus grands poètes espagnols du XXème siècle, victimes de cette tragédie que fut la Guerre Civile Espagnole et le Franquisme.
Antonio Machado, qui repose loin de sa terre natale qu’il chérissait tant, est aussi “le poète de l’exil”. Il personnalise les plus de 500 000 exilés républicains de la Retirada, qui n’ont jamais renoncé, même contraints de fuir leur pays, à leur corps – et cœur – défendant, souvent “en famille”. Pour se réfugier en France, où ils seront accueillis, dans des conditions qui ne font pas honneur à notre pays, dans les camps d’Argelés, de Saint-Cyprien ou du Barcarès (auxquels il faudra rajouter ceux de Bram, de Gurs…), où dans la prison “spéciale” du château royal de Collioure.

C’est tout cela qui a construit le “symbole machadien” qui fédère toutes celles et tous ceux, quelle que soit leur nationalité et leur histoire personnelle, qui sont attachés aux valeurs républicaines et humanistes, et à la résistance à la barbarie.

C’est pour tout cela que, chaque année, des dizaines de milliers de visiteurs viennent se recueillir sur la tombe d’Antonio Machado et de sa mère Ana Ruiz dans le vieux cimetière du village.

 

LA FONDATION ANTONIO MACHADO DE COLLIOURE
La Fondation Antonio Machado de Collioure (FAM) est née en 1977, pour “perpétuer le souvenir du grand poète et humaniste espagnol, diffuser son œuvre et sa pensée, fomenter les recherches et travaux sur l'homme et ses écrits”
Les principaux "agitateurs" de cette association seront le sculpteur et poète Manolo Valiente (décédé en 1991), l’écrivain et poète Antonio Gardó, les professeur Monica Alonso (Université de Barcelone) et Jacques Issorel (Université de Perpignan), Miguel Martinez et Paul Combeau (aujourd'hui encore respectivement Secrétaire Général et Trésorier de l'association)… et, bien sûr, après ses prédécesseurs, le Dr Henri Billard et Jean Pascot, le Maire de Collioure, Michel Moly, qui en reste le Président d’Honneur après avoir du en abandonner la présidence active pour cause d’incompatibilité avec son mandat électif. Guy Llobet lui a succédé, et préside aujourd’hui aux destinées de la Fondation.
La première action de l'association avait été la création d'un Prix International de Littérature qui, après diverses mutations, continue à être décerné tous les ans, récompensant des ouvrages (essais, romans, recueils de poésie…) en Espagnol, Français ou Catalan, en concordance avec les valeurs que symbolise Machado. Le Jury est actuellement présidé par Mme Marie-Claire Zimmerman, Directeur de Recherche à l’Université Paris IV-Sorbonne, et regroupe diverses personnalités du monde universitaire ou littéraire. Désormais, les ouvrages primés sont publiés par la Fondation (éditions Cap Béar). Ces dernières années, parallèlement au Prix International, a été créé un “Prix d’Ecriture Antonio Machado des Lycéens”.
Traditionnellement, la remise officielle de ces prix a lieu durant les Journées Machado, organisées un week-end, ou plus, autour de la date anniversaire de la mort du Poète (22 février) : conférences, colloques, lectures de poèmes, spectacles de musiques et danses, expositions, cérémonies sur la tombe du poète et de sa mère Anna Ruiz…
Ainsi, de nombreux intellectuels et artistes, poètes (José Cela, Carmen Conde, Leopoldo de Luís, Jacinto Luís Guereña, Pere Verdaguer, Antonio Gardó, Manuel Vasquez Montalbán…), artistes plasticiens (Vasquez de Sola, Ferràn Soriano, Balbino Giner… ), musiciens et chanteurs (Francisco Montaner, Francisco Ortiz, Teresa Rebull, Pedro Soler…), ont fait ou font résonner à leur manière l'esprit du poète…
La FAM s’associe aussi ponctuellement à d’autres évènements, comme en 1985, où elle accueillait à Collioure le “train de la Poésie” après un circuit par toutes les villes où avait vécu Antonio Machado, ou, en 1999, le congrès international “Sesento años después”.
Au-delà de ces manifestations et évènements, plus prosaïquement, la FAM veille à l’entretien de la tombe du poète et de sa mère Ana Ruiz, lieu de pèlerinage pour des milliers d'anonymes, pour la plupart espagnols, mais aussi de partout en Europe et dans le Monde, et relève périodiquement tous les messages d’hommage que certains auront déposés dans la boîte aux lettres placée près de la tombe.
Depuis sa création, en 1977, la Ville de Collioure soutient activement la Fondation et mène avec elle des actions communes.

 Pour en savoir plus sur la vie et l'œuvre d'Antonio Machado : http://www.abelmartin.com

LES LAUREATS DU PRIX INTERNATIONAL DE LITTERATURE ANTONIO MACHADO
1979 Bernard Sésé : Antonio Machado : l'homme, le poète, le penseur
1981 Georges Colomer : Les poètes ibéro-américains et la guerre civile espagnole
1983 Narciso Alba : Los años de Baeza
1985 prix déclaré désert
1991 Fausto Burgos Izquierdo : El alma suelta
1993 Alberto Szpunberg : Luces que a lo lejos
1995 Miguel Lopez-Crespi : Las dispersas ausencias
1997 Geneviève Reuss : Couleurs d'humeur
Carlos Murciano : Concierto de cámara
1999 Juan Drago : Orfeo encuentra el mar
2000 Javier Pérez Bazo : Fe de erratas

COLLOQUES ET CONFERENCES DE LA FONDATION
1980 Les femmes dans la vie et l'œuvre d'Antonio Machado par José Mara Moreira.
1982 La pensée philosophique dans l'œuvre d'Antonio Machado par Paul Aubert et Juan Barjau.
1984 La sociologie dans l'œuvre d'Antonio Machado par Carmen Conde, Aurora de Albornoz et Leopoldo de Luis
1985 Antonio Machado et Soria par Manuel Nuñez Encabo
1987 Itinéraire de fidélité d'Antonio Machado par Luis Guereña
1988 Eros : el amor en la lírica machadiana par José Angel Castillo
1989 50ème Anniversaire de la mort d'Antonio Machado allocution de M. Alfonso Guerra, 1er ministre du Gouvernement Espagnol
1990 Les Champs de Castille et les pensées de Juan de Mairena par Narciso Alba
1992 Le voyage dans la poésie d'Antonio Machado par Jacques Issorel
Antonio Machado républicain par Georges Colomer
Hommage poétique à Antonio Machado par Jacinto Luis Guereña
1994 Antonio Machado y Soria. Especial referencia a Leonor Par Manuel Nuñez Encabo
Présentation du livre d'actes du Congrès Hispano-Français sur Antonio Machado Par Joseph Pérez
Le dernier vers d'Antonio Machado par Jacques Issorel
Los verbos caminantes de Antonio Machado par Jacinto Luis Guerreña
1996 Antonio Machado en París par Narciso Alba
1998 Ana Ruiz Hernández par Antonia Rodrigo
Antonio Machado par Georges Colomer
Manolo Valiente par Jacques Issorel et Narciso Alba
2001 La Institución Libre de Enseñanza par Mercedès Pradal
Machado y Soria par Antonio Garcia Abad
Lectures d'Antonio Machado par Gabriele Morelli
Machado à Collioure par Jacques Issorel

LA FONDATION ANTIONIO MACHADO DE COLLIOURE
Président d'Honneur M. Michel Moly
Maire de Collioure
Vice-Président du Conseil Général des PO
Président M. Guy Llobet
Secrétaire Général M. Miguel Martinez
18 Bd des Evadés de France - 66200 ELNE
Trésorier Général M. Paul Combeau
Siège de la Fondation Mairie de Collioure
3 rue de la République 66190 COLLIOURE
Tél. 04 68 82 55 95 Fax 04 68 82 14 28

LES JOURNEES MACHADO
Février
Depuis sa création en 1977, la Fondation Antonio Machado de Collioure rend hommage au grand poète et humaniste espagnol, le week-end le plus proche de sa disparition, le 22 février 1939.
Conférences, lectures de poèmes, spectacles de musiques et danses castillanes, expositions, cérémonies sur la tombe du poète et de sa mère Anna Ruiz…

La fondation a aussi créé un Prix International de Littérature, décerné tous les deux ans, à l'occasion de ces journées consacrées à Antonio Machado (règlement envoyé sur demande).

 

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